Le 17 avril 2026, plus de 200 éditrices et éditeurs, parmi lesquels Antoine Gallimard, Françoise Nyssen, Denis Olivennes ou Gilles Haéri, ont signé une tribune dans Le Monde pour dénoncer une « guerre culturelle et idéologique menée au grand jour ». Leur texte confirme la naissance d’un mouvement plus large de résistance face à l’emprise croissante des logiques politiques sur l’édition.
« Nous sommes unis par la même passion pour le livre et le même attachement à ceux qui consacrent leur vie à l’écriture », précisent-ils. « L’enjeu dépasse largement le monde littéraire. La diversité des catalogues, le pluralisme des opinions et de la création, le respect de la liberté éditoriale constituent des principes essentiels pour que perdure la démocratie. » Leur inquiétude est claire : « Un groupe médiatique et éditorial ne cache pas ses desseins politiques et mène une guerre culturelle et idéologique au grand jour. »
Antoine Gallimard, PDG du groupe Madrigall, a, lui aussi, pris la parole dans Le Monde pour rappeler que « sacrifier un catalogue – cent vingt ans d’histoire littéraire, chez Grasset, au passage – à des calculs politiques, c’est trahir la mission même de notre métier ». « Il a toujours existé des maisons militantes, inféodées à un parti. Mais, en faisant ce choix, elles renonçaient d’emblée à la création littéraire et au débat d’idées, ce socle de notre démocratie culturelle », souligne-t-il. « Notre rôle, éditeurs de littérature et de sciences humaines, est de garantir cette neutralité. Sans elle, il ne reste que l’alignement, l’orthodoxie, le conformisme. »
Pour ces professionnels, la solidarité avec Olivier Nora et ses auteurs « doit être totale ». « Leur résistance est un acte de courage, car il s’agit de défendre non pas un livre, mais un catalogue, une histoire, un héritage », affirme Antoine Gallimard. « Les radicalismes politiques, quand ils dictent la gouvernance des maisons, sont une menace pour la libre publication. »
L’appel des éditeurs est ferme et sans ambiguïté : « Nous ne sommes pas des trophées. » Face à la concentration des médias et à l’influence grandissante de groupes aux orientations politiques marquées, ils rappellent que « le lieu d’où l’on s’exprime compte autant que ce qui y est écrit ». « La politique, quand elle se réduit à la quête du pouvoir, est un poison pour l’édition », conclut Antoine Gallimard.