Les nombreuses réactions médiatiques à l’éviction d’Olivier Nora de la tête de Grasset, maison d’édition qu’il dirige depuis vingt-six ans, sont rapides et virulentes. Ce sont d’abord, et dès le 14 avril, les autrices et auteurs qui s’indignent de perdre brutalement leur éditeur, sur la décision d’un actionnaire. Si leurs prises de parole sont encore individuelles, elles laissent entendre une même détermination à quitter la maison, qui les publie parfois depuis plusieurs décennies.
Un acte de mort
Le soir même, au micro de France Inter, Pascal Bruckner est implacable : « Bolloré tue Grasset. C’est un acte de mort. » Le lendemain, c’est David Dufresne qui déchire un contrat le liant à Grasset sur le plateau de l’émission « C ce soir », tandis que Sorj Chalandon déclare à l’AFP « J’ai toujours dit que si on touchait un cheveu d’Olivier Nora, je partirais de Grasset, et ma position n’a pas changé ».
Mettre au pas
La presse reconnaît dans ce limogeage un signal fort : une tentative de mettre au pas la prestigieuse maison, reconnue pour son pluralisme, et d’en faire le vecteur d’une pensée ultra-conservatrice prônée par Vincent Bolloré. Télérama y voit « un départ aussi symbolique que politique » tandis que Le Monde parle « d’une reprise en main de l’édition par Vincent Bolloré ». Si les raisons exactes du départ d’Olivier Nora ne sont pas connues, l’arrivée de Boualem Sansal chez Grasset est vite évoquée. L’éditeur et le milliardaire auraient été en désaccord sur la date de parution du prochain livre de l’auteur algérien, qui a quitté sa maison historique, Gallimard, en mars. Une information qui se révèlera inexacte.
La vraie raison
Le 15 avril, c’est Le Nouvel Obs qui révèle la « vraie raison » du départ d’Olivier Nora : celui-ci aurait refusé d’accueillir chez Grasset un récit de voyage intitulé Rome, objet d’amour signé par Nicolas Diat, éditeur chez Fayard du général Pierre de Villiers, du cardinal Sarah et de Jordan Bardella, dont il serait proche. Dans un portrait qui lui est consacré, Télérama le décrit comme étant « les yeux et les oreilles » de Vincent Bolloré dans le milieu de l’édition.