Le 13 mai 2026, plus de 200 personnes ont décidé de se réunir au Théâtre de la Concorde et de lancer officiellement les « États Généreux » des autrices et des auteurs. Pour la première fois depuis 1777 et la création de la Société des auteurs par Beaumarchais, un rassemblement a lieu à la seule initiative de celles et ceux qui fournissent la matière première des livres. Pour la première fois, ils se constituent en « corps » afin de réfléchir ensemble à leur statut, leurs contrats, ainsi qu’à la manière dont leurs droits sont juridiquement encadrés.
La déflagration
Ce rassemblement fait suite à l’annonce du licenciement d’Olivier Nora, intervenu un mois plus tôt, le 14 avril 2026, dans des conditions jugées brutales, après son refus de publier un texte de Nicolas Diat. Ce proche de Vincent Bolloré a été imposé par les actionnaires du groupe, Olivier Nora l’a estimé trop éloigné de la ligne éditoriale des éditions Grasset.
La déflagration est immédiate. Dès le lendemain, 115 auteurs envoient à l’AFP un manifeste dans lequel ils déclarent unanimement refuser de signer leurs prochains livres chez Grasset. Quelques jours plus tard, le journal Le Monde reprend ce texte augmenté du double de signatures.
Une tradition française
Cette réaction inédite d’autrices et d’auteurs Grasset suscite immédiatement des discussions au sein d’une maison sœur, les Éditions Stock. Très vite, les préoccupations dépassent les événements du 14 avril pour révéler une inquiétude plus large et partagée. Cette réflexion aboutit à la rédaction d’une tribune, « Pour une nouvelle loi Jean Zay », signée par plus de 600 autrices et auteurs. La presse nationale et internationale y voit le retour en force d’une tradition française d’engagement des intellectuels dans la défense de la liberté d’expression.
Depuis la publication du manifeste du 15 avril, des groupes de travail et de réflexion se sont constitués autour des liens juridiques unissant les autrices et les auteurs à leurs maisons d’édition. La cession de leurs œuvres pour la totalité de la durée de la propriété intellectuelle, c’est-à-dire jusqu’à soixante-dix ans après la mort, est une situation quasiment unique en Europe. Il est par ailleurs impossible, pour une écrivaine ou un écrivain, de récupérer le droit d’exploitation de ses livres, même lorsque sa maison d’édition est rachetée par un actionnaire dont il réprouve l’orientation idéologique.
Comment s’y prendre ? Introduire dans les contrats d’édition une clause de conscience, comme celle dont disposent les journalistes ? Raccourcir la durée de cession de leurs œuvres ? Après plusieurs semaines de réflexion collective, il est temps de faire un point d’étape pour partager les avancées, les écueils. Le besoin de se réunir dans un même lieu s’impose. Le Théâtre de la Concorde, espace dédié à l’expression démocratique, offre généreusement son soutien : « La concorde est un accord moral entre des personnes partageant une même disposition de cœur et d’esprit autour d’une œuvre commune ». On ne pouvait pas rêver meilleur lieu. L’événement s’ouvre à tous les autrices et les auteurs qui le souhaitent, qu’ils publient dans le groupe Hachette ou non.
Un appel inédit
Le temps d’une après-midi, il s’agit de faire œuvre commune, d’écrire ensemble l’avenir du droit des autrices et des auteurs. Les travaux engagés depuis le 15 avril, répartis en plusieurs groupes thématiques, sont restitués sur scène par différents représentants : autrices, auteurs, syndicats, associations, parlementaires, juristes, etc. L’échange et la parole libre sont privilégiés.
Ces « États Généreux » sont un appel inédit à une transformation profonde du monde de l’édition. Malgré les résistances et les oppositions inévitables, l’élan est inarrêtable. La législation sur le droit d’auteur n’a pas été révisée depuis 1957, une mise à jour s’impose, elle est même urgente.