Après l’effroi, la riposte. Cinq autrices de Grasset se retrouvent chez l’une d’elles, dès le 15 avril, le lendemain de l’annonce du limogeage d’Olivier Nora, leur éditeur. Sur les messageries, des boucles s’organisent. Pas question de se taire. Les autres écrivaines et écrivains de la maison sont sollicités.
Un manifeste et une rupture
Dans la soirée, un premier groupe se réunit au Café Beaubourg, dans le centre de Paris. Un manifeste est rédigé, un acte d’indépendance.
« Nous sommes des auteurs Grasset, nous avons publié chez Grasset, ou nous avons un livre qui va sortir chez Grasset, mais nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset ».
En moins de quinze jours, 253 autrices et auteurs de Grasset l’auront signé. Un évènement historique. Parmi eux, des figures majeures comme Virginie Despentes, Vanessa Springora, Colombe Schneck, Anne Berest, Gaël Faye, Sorj Chalandon, Bernard-Henri Lévy, Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Tania de Montaigne ou Laurent Binet. Et de nombreux autres donc, moins médiatisés, romanciers, essayistes ou historiens. Pour la première fois, des plumes aux sensibilités éditoriales et politiques variées se réunissent autour d’une même volonté, dans l’urgence de défendre l’indépendance de l’édition.
Leur mobilisation, initialement relayée par Le Monde et Livres Hebdo, répond au séisme provoqué par l’annonce du licenciement d’Olivier Nora, directeur de la maison depuis 26 ans, perçu comme une atteinte à l’autonomie éditoriale. Dans leur lettre, ils dénoncent une logique où « Vincent Bolloré dit ‘je suis chez moi et je fais ce que je veux’ », au mépris des équipes, des auteurs et des lecteurs.
Un respect mutuel
Ce mouvement inédit traduit aussi l’existence d’une richesse. Chez Grasset cohabitaient jusqu’à présent des autrices et des auteurs aux convictions et sensibilités plurielles, parfois opposées. Olivier Nora en était le garant, un éditeur « rempart et ciment » pour des écrivains unis par un respect mutuel pour la littérature et la pensée en mouvement.
Son départ révèle une fracture, définitive. Entre une édition libre et pluraliste et une gestion où la culture est sommée de servir un dessein politique. Si ce manifeste a marqué les esprits, c’est parce qu’il rappelle cette exigence : l’édition doit rester un espace de dialogue et de diversité qui ne vivra pas soumis à une idéologie.